Nul politicien n'est parfait ou irréprochable, mais il est évident que certains hommes politiques ont droit à un "traitement" différent que d'autres par la presse ou la classe politique. Et si le jargon politico-journalistique a associé le terme "d'Etrog" pour désigner un homme politique "protégé" par les médias pour des intérêts politiciens, (Sharon au moment de la Hitnatkout, Olmert aujourd'hui pour le processus de 'paix'), il manque à ce vocabulaire un autre nom de fruit, "mauvais et pourri" celui-là, qui s'appliquerait à celui qui est systématiquement dénigré et sali, afin de lui barrer la route ou de l'écarter. Si cela a été vrai pour Amir Peretz comme ministre de la Défense, cela est ô combien vrai concernant Binyamin Netanyahou.
En prenant du recul sur les événements politiques qui se ont déroulés depuis deux ans, sur les déclarations politiques des uns et des autres, il est indéniable que Binyamin Netanyahou est devenu le "mouton noir" de la politique israélienne. "Tout sauf Bibi" n'est pas une simple vue de l'esprit, mais au contraire un ciment qui réunit des hommes ou des partis politiques parfois aux antipodes politiques les uns des autres, des intellectuels et des journalistes, dans un objectif commun: peut importe, l'essentiel est d'empêcher à tout prix le retour de l'ancien premier ministre au pouvoir. Il y a quelques jours encore, on se souvient de la phrase adressée à la population par le conseiller du Premier ministre invité à l'émission "Erets Nehderet": "Si vous faites tomber Olmert, vous aurez Bibi!"
Puni lors des dernières élections législatives, le Likoud de Netanyahou, avec ses 12 mandats à peine, a atteint son plus mauvais score depuis des décennies. Mais de manière intelligente, le parti n'a pas entamé de "guerre de chefs" meurtrière, ni de troubles internes qui auraient encore davantage nui au parti. C'est ainsi que depuis presque deux ans, les sondages d'opinions - versatiles il est vrai - montrent de manière régulière la spectaculaire remontée du Likoud dans les intentions de vote, et la préférence de la population pour un retour de Binyamin Netanyahou aux affaires. Pour certains, "c'est un pis-aller", la constatation d'un manque de choix, le rejet global de la classe politique au pouvoir actuellement, ou encore la mémoire courte récurrente de l'électorat". Mais en y regardant de plus près,on constate que la population met au crédit de Netanyahou un comportement d'homme d'Etat un peu "hors de la mêlée" durant ces deux dernières années, des résultats positifs de sa courageuse politique économique "impopulaire", et surtout, d'avoir été celui dont les avertissements se sont avérés exacts concernant l'Iran ou le Hamas, en dépit des accusations de vouloir "apeurer et effrayer" la population. "Savoir lire de manière juste les événements" fait partie des qualités requises pour un dirigeant. Alors que faire lorsque les attaques venues de toutes parts n'influent en rien sur les intentions de vote de la population concernant Monsieur Netanyahou ? On reprend une arme dont on a usé et abusé lors des élections de 1996 et 1999, et entre les deux: Madame Netanyahou! Cette semaine, Naftali Benett, chef de campagne de Binyamin Netanyou a annoncé sa démission tout en "précisant que c'était pour des motifs privés, et que ses relations avec son patron étaient excellentes". Cela n'a pas empêché la presse d'imputer immédiatement cette démission "à des incompatibilités d'humeur entre Benett et Sarah Netanyahou", ceci dans le but de mettre en relief le "rôle politique obscur" qui serait joué par Sarah Netanyahou, et son influence auprès de son mari. Benett a tenu à démentir ces allégations de la manière la plus absolue. Mais en vain. Non seulement Bibi est dangereux, mais Sarah également.
Ainsi risque-t-il d'en être, au fur et à mesure que l'on se rapprochera d'échéances électorales qui verraient le retour de Binyamin Netanyahou aux affaires. La machine politico-médiatique est déjà en place pour tirer par tous les côtés sur celui et celles qui ont actuellement la faveur de la population.
Pour certains, les notions "d'opinion du peuple" et de "démocratie" sont des valeurs suprêmes et mythiques...sauf si ses effets ne sont pas de leur goût, s'ils desservent leurs desseins politiques ou leurs intérêts personnels.