Les sujets de discussion ne manqueront pas. Le Président israélien va prioritairement évoquer le dossier iranien, d'autant plus que le Président Sarkozy est à l'origine d'une initiative visant à créer une coalition de pays européens contre la course à l'armement nucléaire du régime de Téhéran et pour l'aggravation des sanctions contre ce pays. Mais il y aura aussi le projet de "communauté méditerranéenne" chère au Président français, la situation à Gaza, au Liban, et le sort des trois soldats israéliens kidnappés, sans parler des relations franco-israéliennes dans les domaines scientifiques, économiques et culturels. Le président Sarkozy décernera à cette occasion le titre de Chevalier de la Légion d'Honneur à son homologue israélien.
Les relations entre Israël et la France se sont singulièrement réchauffées depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, après 40 ans de tiédeur pour ne pas dire de fraîcheur. Exception à la règle, Shimon Pérès, qui a noué depuis un demi-siècle des liens tout à fait particuliers avec tous les gouvernements français, et contrairement à d'autres personnalités israéliennes de haut rang, tels qu'Ariel Sharon, Binyamin Netanyahou ou Ehoud Barak, il a toujours été reçu avec chaleur et amitié par les hôtes de l'Elysée, Matignon ou du Quai d'Orsay. C'est déjà en 1956, que Shimon Pérès, à l'époque ministre de la Défense de David Ben Gourion, avait négocié avec la France le développement du nucléaire israélien.
Il faut chercher les raisons dans cette "exception israélienne" dans la personnalité du Président israélien, et dans ses prises de positions constantes sur le dossier israélo-arabe. Depuis son entrée en politique, au Parti travailliste, Pérès a toujours opté pour des solutions « modérées » : dialogue avec les Palestiniens malgré le terrorisme et concessions israéliennes majeures pour arriver à créer ce « Nouveau Proche-Orient » dont il rêve, et dans lequel les perspectives de prospérité économique prendraient le pas sur le bruit des canons. Le zénith de cette conception fut sans aucun doute la signature des Accords d’Oslo, en 1993, dont Shimon Pérès fut l’artisan en coulisses, bien plus qu’Itshak Rabin.
Mais il ne fait aucun doute non plus que l’optimisme de ce pèlerin obstiné de la paix, s’est fracassé contre les réalités de ce « Proche Orient » compliqué, et que l’avenir meilleur tant promis et espéré a été remis aux calendes grecques à coup de ceintures d’explosifs et de roquettes.
Shimon Pérès est finalement l’archétype du Juif dans toute sa tragédie et dans sa lutte éternelle pour la survie en milieu hostile: homme de paix et de compromis, homme d’idéal et d’indulgence, mais qui se heurte presque toujours aux même désillusions face à la malignité et le cynisme. Avec une particularité pour le Président de l’Etat : poursuivre encore toujours ces mêmes chimères, en dépit des réalités.
Ce qu’Israël vit depuis quelques années tant sur le front intérieur qu’international marque l’échec des conceptions de Shimon Pérès et de ses amis politiques. Les gestes à la limite de l’extrême et de l’incompréhensible en faveur de la paix n’ont rencontré que surenchère, bassesse et violence aveugle du côté arabe et palestinien.
Et c’est justement dans cette obstination aveugle vers les mirages de paix qu’il faut chercher la raison de la popularité de ce monument politique dans les chancelleries occidentales, toujours à la recherche d’un Israël docile et généreux.