Les Kibboutzim religieux ont toujours tenu une place à part dans la mouvance sioniste religieuse. Apparus dès 1929, affiliés dès avant la création de l'Etat au mouvement Hapoël Hamizrahi, mouvement religieux de centre-gauche, ils se sont ensuite identifiés au mouvement "Bné Akiva" dont la devise est "Thora et Travail". Leur objectif principal était de montrer que "l'on pouvait participer à la grande oeuvre de reconstruction du pays dans des structures et un mode de vie qui suivent les principes de la Thora". Politiquement, les kibboutzim religieux ont toujours tenté de se tenir à l'écart de l'évolution politique du mouvement sioniste-religieux, et se sont voulus être un maillon "centriste" entre le Goush Emounim à droite, et les mouvements plus à gauche tels que Meimad ou Netivot Shalom. Il y a aujourd'hui un peu moins de 20 kibboutzim affiliés au mouvement, et qui représentent environ 8.000 personnes, soit 6% du mouvement kibboutzique global. A noter également qu'il existe quelques Kibboutzim de tendance orthodoxe sioniste, affiliés au mouvement "Paï", "Poalé Agoudat Israël".
Au début de cette semaine, plus d'une centaine de Rabbanim, responsables et membres des Kibboutzim religieux se sont réunis en Congrès au Kibboutz Beerot Itsh'ak. Le but essentiel de cette rencontre était de débattre de la "position à adopter face aux défis actuels que connaît la société kibboutzique religieuse de nos jours": rôle public de la femme, séparation filles-garçons lors d'activités, tenue vestimentaire, rôle du Rav du Kibboutz etc.
Le Rav Youval Sherlo, directeur de la Yeshivat Hesder de Petah' Tikva a enjoint les dirigeants des kibboutzim religieux "à maintenir et renforcer encore leur position d'arbitre dans la société sioniste religieuse" "Par votre ouverture, vous avez su faire rencontrer les divers courants qui traversent le sionisme-religieux, jouer un rôle d'arbitre, et sans vous laisser influencer, ni à gauche ni à droite" leur a adressé le Rav Sherlo. "C'est grâce à votre action que sont nés des mouvements tels que "Kolekh'" chez les femmes, ou l'organisation des Rabbanei Tsohar". Il a conclu ses propos par un appel: "Ne prenez pas exemple sur tous ces universitaires religieux qui ont abandonné le terrain social et du débat public national. Entre les laïcs et les orthodoxes, qui sont incapables de le faire, vous êtes les seuls à pouvoir proposer une manière religieuse réaliste pour gérer une société indépendante"
Prenant la parole après lui, Rah'el Kern, du mouvement féminin "Kolekh'", déclarait que "le kibboutz religieux aurait davantage pu influencer la société s'il avait eu plus de courage de se lancer dans le débat public israélien" "Nos devons nous redresser" conclut-elle.
Le Rav Moredkhaï Vardi, de Rosh Tsourim, décrivait ensuite une réalité de la société israélienne: "Nous devons nous rendre à l'évidence que le débat d'idées en Israël a poussé la société vers la gauche sous l'influence des intellectuels et des artistes, et non des politiciens. Ce sont eux qui ont donnée le ton. Et dans le champ culturel, nous sommes encore un maillon faible. Mais la société kibboutzique religieuse est encore suffisamment ouverte pour provoquer un changement, et pouvoir un jour influencer la société israélienne vers le centre"
Le dernier mot a été pour Neh'amia Rafeld, Secrétaire Général du Kibboutz Hadati: "Notre originalité est que nous avons en nous plusieurs courants et sensibilités mais qui peuvent encore manger à la même table. L'unité et le rassemblement, qui étaient les soucis des pères fondateurs du sionisme religieux, sont encore des normes vécues dans nos familles, car nos membres ont apporté avec eux des normes diverses mais compatibles. Notre but est de créer une société religieuse-participative, dans laquelle pourront s'exprimer et vivre ensemble différents courants"