
Les images bouleversantes diffusées par les médias, lors de "l'échange" effectué entre le Hezbollah et Israël, resteront gravées dans les mémoires. Et pourtant, Ehoud Goldwasser et Eldad Reguev ne sont pas, malheureusement, les premiers soldats tombés au combat. Mais leur visage nous était devenu familier depuis deux ans, depuis que leurs familles menaient leur campagne pour leur libération alors qu'ils étaient sans doute déjà morts. Et la souffrance de ces parents vivant dans l'angoisse et l'incertitude était partagée par toute une population qui espérait, comme eux, que les deux jeunes gens reviendraient sains et saufs à la maison.
Mais pourquoi parler d'échange ? En quoi cette sinistre mise en scène était-elle un échange ? Comment peut-on oser utiliser ce terme alors que le gouvernement israélien a libéré des terroristes prêts à reprendre les armes pour recevoir en contrepartie les dépouilles de deux combattants, qui ont donné leur vie pour la sécurité du pays?
Et comme l'a dit si justement Karnit Goldwasser, l'épouse d'Ehoud, il s'agissait là plutôt d'une sorte de "jugement de Salomon"; et c'est pour cette raison qu'elle a décidé de se retirer de la scène publique dès que les tractations ont débuté entre le gouvernement israélien et les chefs de l'organisation terroriste. En effet, son approche affective du problème ne lui permettait pas de donner une opinion objective sur la question.
Mais pour Israël, il faut reconnaître qu'il s'agit d'une humiliation de plus. En effet, alors que nous avions la quasi certitude que les deux soldats n'étaient plus en vie, nous avons laissé partir cinq terroristes. Cinq terroristes plus déterminés que jamais à assouvir leur "vengeance" en voulant reprendre leurs activités criminelles contre le peuple d'Israël.
Et il y a plus grave encore ; c'est que ces meurtriers assoiffés de sang ont le soutien officiel du gouvernement libanais. C'est lui qui les a accueillis triomphalement à l'aéroport de Beyrouth, quelques heures après leur libération, pour saluer leur retour et leur souhaiter la bienvenue. Un gouvernement qui s'est déplacé avec, à sa tête, le nouveau président élu récemment, Michel Sleimane. Notre adversaire n'est donc plus uniquement le Hezbollah mais bien le gouvernement libanais.
Qu'avons-nous gagné dans cette tractation ? On sait que désormais, le Hezbollah va redoubler ses efforts pour lancer des actions encore plus meurtrières contre Israël. On sait également que les négociations pour la libération de Guilad Shalit seront encore plus difficiles, comme l'ont souligné les chefs du Hamas à Gaza. Leurs exigences risquent à présent d'être encore plus dures, en raison de la faiblesse dont a fait preuve le gouvernement israélien lors des pourparlers avec le Hezbollah.
Et pourquoi personne ne remet en cause le prix si lourd qu'Israël est toujours contraint de payer pour retrouver les siens ? Pourquoi devons-nous libérer des centaines de terroristes en "échange" de quelques Israéliens dont on ne récupère, bien souvent, que les corps, entiers ou pas ? Pourquoi personne ne dénonce ce déséquilibre flagrant ? Peut-être parce que chez nous, la vie d'un être humain est plus précieuse que tout au monde, peut-être parce que nous sommes prêts à tous les sacrifices pour sauver l'un des nôtres. Parce que, même morts, nos proches doivent être ramenés à la maison pour connaître enfin le repos. Et c'est là que s'est posé le terrible dilemme qui a abouti à la transaction entre le gouvernement israélien et le Hezbollah. Une transaction qui n'aurait pas dû, malgré tout, être réalisée.
Et le Hezbollah, cyniquement, a exploité notre sensibilité, notre humanisme, pour nous soutirer la libération d'un assassin, Samir Kuntar, qui n'a pas hésité, dans sa cruauté, à fracasser la tête d'une enfant de quatre ans. Ce bourreau sanguinaire, qui a purgé une peine de 29 ans de prison seulement, est accueilli au Liban comme un héros, et il n'a pas caché aux médias ses intentions de reprendre immédiatement ses activités criminelles.
Et les autorités israéliennes n'auraient pas dû céder parce que cette affaire ne fera que renforcer le Hezbollah qui clame déjà qu'il a définitivement gagné la guerre du Liban; parce que Kuntar est désormais considéré comme un personnage qui galvanisera les foules et poussera au meurtre des Israéliens. Et que finalement, le danger n'a fait qu'augmenter. Et Israël apparaît encore plus faible, et soumis à d'autres pressions qui risquent de le pousser à faire d'autres concessions tout aussi lamentables et dangereuses.